- Il s'agit d'une pathologie touchant la partie la plus caudale du rachis lombaire elle est assimilable à la pathologie du nerf sciatique chez l'homme.

- Elle conduit à une compression des racines du nerf sciatique qui engendre de la douleur et des troubles locomoteurs.

- Les causes en sont variées: hernie discale, syndrome du canal étroit, instabilité vertébrale, fracture, infection du disque intervertébral, tumeur....

- L'évolution du syndrome de la queue de cheval (SQC) se fait normalement sur un mode chronique mais des formes aiguës peuvent aussi exister.

- Le SQC touche plutôt les chiens de grande race (Berger Allemand, Labrador...) mais les chiens toys ou les chats peuvent aussi être atteints.

- Le traitement chirurgical est efficace à condition d'opérer les patients le plus tôt possible avant l'installation de lésions nerveuses dégénératives.

 

Introduction

Le syndrome de la queue de cheval est une pathologie de la jonction lombo-sacrée et du rachis lombaire caudal, elle intéresse des régions de la colonne vertébrale postérieure à la terminaison de la moëlle épinière pour lesquelles existent seulement les racines nerveuses des nerfs sciatiques et sacrés, c'est une pathologie dite de l'étage radiculaire.

Il atteint normalement des animaux d'âge moyen à avancé et évolue sur un mode chronique avec une dégradation progressive de la motricité et de la sensibilité dans les territoires du nerf sciatique. Cependant des évolutions précoces en cas de malformations congénitales ou des présentations sur un mode aigu en cas de traumatisme ou de hernie discale sont aussi possibles. Le SQC s'accompagne toujours de douleurs à l'étage lombo-sacré participant pour grande partie à l'inconfort de l'animal.

 

Eléments anatomiques et symptomatologie

  • La compression concerne des territoires dits radiculaires de la colonne vertébrale. Du fait d'un différentiel de croissance pendant le développement, la moelle épinière grandit moins que la colonne vertébrale, ainsi il y a un décalage entre les segments médullaires et les segments rachidiens. Ce décalage est sensible à partir de la deuxième vertèbre lombaire (L2) et a pour conséquence la terminaison de la moelle (cône médullaire) en regard de la 5ème vertèbre lombaire. Par contre les nerfs rachidiens continuent eux à sortir du canal vertébral par leurs foramens respectifs au niveau du segment vertébral leur correspondant. Ainsi il ne subsiste au dela de L5-L6 que des nerfs et la partie terminale des méninges (cône dural) qui constituent par leur aspect en filaments la queue de cheval.

Vue en coupe dans le plan frontal du rachis terminal: remarquer le cône médullaire qui se trouve en regard de L5 et L6 et

au delà le canal médullaire occupé seulement par des nerfs (oranges) étirés comme les crins d'une queue de cheval.

 

  • De façon schématique après leur sortie du canal rachidien les faisceaux nerveux se regroupent pour former le nerf sciatique (racines L6 à S1) et les nerfs pelviens et honteux (racines S1-S3). Il s'en suit que les compressions intra-canalaires postérieures à la sixième vertèbre lombaire vont avoir pour conséquence des troubles nerveux sur les nerfs sciatiques et les nerfs pelviens. Le syndrome de la queue de cheval des carnivores est l'équivalent en certains points de la pathologie du sciatique chez l'homme.
  • Les causes de compression de la queue de cheval sont nombreuses, la jonction lombo-sacrée (L7-S1) est une zone charnière du rachis avec le raccordement de la colonne vertébrale au bassin par l'intermédiaire du sacrum. C'est une zone soumise à d'importantes contraintes mécaniques en flexion et extension.
    • Des sténoses congénitales du canal vertébral: le canal vertébral est trop étroit et comprime le tissus nerveux, ces sténoses peuvent être associées à des malformations du rachis: sacralisation de la dernière vertèbre lombaire, non union des vertèbres sacrées... La sténose congénitale peut n'avoir des conséquences pathologiques que tardivement avec le vieillisement des structures ligamentaires et leur épaissisement.
    • Des instabilités vertébrales: spondylolisthésis L7S1 par exemple.
    • Hernies discales postérieures à la terminaison du cône médullaire.
    • Infection des disques intervertébraux: spondylodiscite, discospondylite lombo-sacrée.
    • Tumeurs vertébrales ou du tissu nerveux.

Principales causes non tumorales du syndrome de la queue de cheval

  • Les symptômes sont variés et leur apparition progressive, la plupart du temps le syndrome de la queue de cheval évolue sur un mode chronique avec une dégradation progressive du patient, exceptionnellement l'évolution peut se faire sur un mode aigu notamment en cas de hernie discale aiguë ou de fracture / luxation vertébrale. La progression est souvent insidieuse.
    • Douleur à la jonction lombo-sacrée, celle-ci est normalement constante dans le syndrome de la queue de cheval et longtemps le seul symptôme présent, il ne faut pas confondre cette douleur avec celle pouvant être provoquée par une dysplasie coxo-fémorale.
    • Déficit proprioceptif sur les postérieurs, celui-ci se traduit par une usure exagérée des griffes et un raclage du sol.
    • Ataxie postérieure.
    • Fonte musculaire sur les membres postérieurs.
    • Diminution des réflexes sciatiques (réflexe de retrait et éventuellement pseudo-hyperéflexie patellaire).
    • Atonie de la queue
    • Incontinence urinaire et/ou fécale dans les cas les plus avancés.

Diagnostic

Le diagnostic passe par des techniques d'imagerie médicale.

  • La myélographie: elle permet une bonne exploration dynamique du rachis lombaire et indirectement du reste de la colonne vertébrale. La limite principale de l'examen est anatomique, en effet environ 20% des animaux ont un sac dural préfixe qui se termine en amont de la première vertèbre sacrée et rend l'exploration de la région impossible par myélographie. Elle ne permet pas non plus une exploration des racines nerveuses dans leur trajet foraminal.
  • Le scanner: C'est actuellement l'examen de choix pour le diagnostic du syndrome de la queue de cheval. Les qualités de dessuperposition du scanner permettent une exploration complète de la jonction lombosacrée tant au niveau canalaire que foraminal. La comparaison des images en flexion et en extension permet aussi une exploration dynamique des lésions.
    • Sténose canalaire congénitale: une anomalie de développement de la colonne lombo-sacrée conduit à un rétrécissement du canal vertébral et à la compression du tissu nerveux, les conséquences cliniques peuvent n'apparaitre que très tardivement ou au contraire de façon très précoce.

    Myélographie d'une sténose canalaire congénitale par sacralisation
    de la dernière vertèbre lombaire,

    les vues en flexion et extension mettent en évidence une compression ventrale et latérale du cône dural.

     

    • Hernie discale L7SI: une hernie du disque intervertébral lombo-sacré souvent en association avec un canal étroit est la cause la plus fréquente de compression de l'étage radiculaire. En cas de hernie discale l'envahissement des foraminas avec conflits discaux-radiculaires est commun, seul le scanner (ou l'IRM) permet une exploration correcte de ces structures et la planification optimale au besoin une intervention chirurgicale.

    scanner syndrome queue de cheval chien scanner causa equina chien

    Scanner d'une hernie discale L7S1 calcifiée avec sténose foraminale droite sévère chez un chien

    scanner syndrome queue de cheval chien

     

    • Les instabilités vertébrales: ou spondylolisthésis lombo-sacrés sont responsables de nombreux syndromes de la queue de cheval, l'instabilité n'est souvent pas isolée mais associée à des épaississements ligamentaires, des sténoses canalaires ou des dégénérescences discospondylaires.
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  • L'IRM: L'imagerie par raisonnance magnétique nucléaire permet une très bonne exploration de la jonction lombosacrée avec pour les appareils de haut champs une définition inégalée par les autres technique d'imagerie. La difficulté d'accès en France à ce type d'examen en médecine vétérinaire, ainsi que son cout supérieur à celui du scanner, en font un recours de deuxième intention quand le scanner laisse des doutes sur au diagnostic lésionnel définitif.

Déroulement de l'intervention

L'intervention se fait sous anesthésie générale, elle consiste à décomprimer les racines nerveuses.

  • L'intervention la plus pratiquée consiste en une laminectomie dorsale des vertèbres L7 et S1 (recalibrage). Cette laminectomie peut être élargie aux foramens intervertébraux et aux apophyses articulaires pour étendre la décompression aux racines dans leur trajet foraminal. Sauf en cas de fracture vertébrale, il n'est en général pas pratiqué de stabilisation complémentaire en chirurgie vétérinaire. Une discectomie (retrait du disque intervertébral) est aussi pratiquée au cours de l'intervention dans la plupart des cas.

 

chirurgioe cauda equina chien

  • Dans certains cas, notemment lorsque une laminectomie très large avec extension aux articulations intervertébrales doit être pratiquée afin de traiter une sténose des foramens intervertébraux ou, en cas d'existence d'un spondylolisthésis très important, une stabilisation complémentaire du rachis doit être réalisée. Celle-ci est effectuée par la mise en place de systèmes de vis pédiculaires et de barres d'union ou de plaques verrouillées en titane. Ces implants bloquent les mouvements de la colonne vertébrale et permettent une récupération plus rapide en facilitant la fusion des corps vertébraux.
  • Stabilisation lombosacrée par vis pédiculaires et barres d'union: Système Axon Synthès chez un beauceron
vissage pédiculaire laminectomie chien
Vissage Pédiculaire par système Axon Synthès après laminectomie L7S1 élargie
pour hernie discale avec sténose foraminale
post opératoire sac chien
  • Stabilisation lombosacrée par vis pédiculaire et plaques Unilock Synthès chez un chat

radios vissage pédiculaire chat vissage pédiculaire chat photo

Stabilisation de la jonction lombosacrées après laminectomie et foraminectomie bilatérale

chez un chat par vis pédiculaires et plaques Unilock Synthès

vissage pédiculaire chat scanner 3DVR vissage pédiculaire vissage scanner axial

 

  • Alternativement à la laminectomie dorsale une arthrodèse intervertébrale en flexion peut être réalisée, cette technique est très peu pratiquée en France où la majorité des chirurgiens privilégie la décompression dorsale.

Efficacité du traitement

  • Pour les animaux opérés de façon précoce l'efficacité du traitement est excellente avec 90% de bons résultats. La douleur est supprimée immédiatement et les troubles locomoteurs disparaissent en quelques semaines. Les patients retrouvent le confort de vie et le périmètre de marche qu'ils avaient perdu.
  • Dans les cas avancés pour lesquels une dégénérescence neurologique est déjà présente l'amélioration est sensible; cependant, certaines lésions nerveuses définitives ne peuvent être récupérées, par contre l'évolution du processus dégénératif est stoppée.
  • D'un point de vue post opératoire, à l'étage radiculaire, il n'y a pas ou très peu de dégradation de la motricité dans le post opératoire immédiat et les patients sont d'ordinaire ambulatoires le lendemain de l'intervention.

Complications éventuelles

- Indépendamment de la technique, le risque d’accident à l’anesthésie, aussi faible soit il, reste non nul.

- Les infections du site chirurgical sont rares et généralement bénignes.

- Une collection séreuse peut se constituer sur le site chirurgical sans conséquence fonctionnelle.

- Exceptionnellement un traumatisme des racines nerveuses peut intervenir, celui-ci peut avoir des conséquences catastrophiques.